Toujours pas sages

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Un enseignant en bambara évoque les avantages de l’Internet au village

by Boukary Konaté

Préoccupés de lever l’obstacle entre le village et l’Internet pour voir les impacts des NTIC en milieu rural,  les “Toujours pas sages” continuent concrètement leur  expérimentation.

Après avoir expliqué Internet, les blogs, les sites d’information et de communication par message instantanés, les réseaux  sociaux aux populations villageoises, après leur avoir appris les données de base pour la  recherche, la communication par mail et le blog en langue bambara, Toujours Pas Sages a connecté les populations villageoises aux ressortissants du village possédant des comptes Skype en ville, à l’occasion des vœux de la fête de Tabaski (Aïd).

Photo : Le village réuni autour de l’ordinateur portable de @fasokan durant la fête de Tabaski

Impressionné, cet enseignant en langue bambara au village, explique que l’Internet peut leur servir, aux villageois.

Suivons-le :

Qui parmi nous pouvait tenir une communication téléphonique d’une heure de temps à cause de son coût ? Qui n’avait pas besoin de voir de loin le visage de son fils ou de son frère ? Voici, c’est fait ! C’est fait et à moindre coût parce que je sais que si ça valait le coût de la communication téléphonique, nous n’aurions pas pu faire tout ce temps à communiquer.

Conversation par Skype avec les villageois qui vivent dans la grande ville

Qui parmi vous n’a pas attendu parler de la mosquée de Djenné mais, qui l’avait jamais vue ?  Qui n’avait pas la curiosité de voir l’image de la maison blanche, du palais de Koulouba, de comment faire un bon élevage de poules, comment bien protéger le sac de haricot, comment faire du bon compost ?

Il suffit de taper ces noms dans la barre de recherche de google sur cette petite machine comme si on est en train de jouer du balafon, de cliquer, et tout le monde est satisfait.

Voyez-vous ! C’est comme si on avait brisé le mur qui nous sépare du reste du monde. Resterons-nous encore hors de cet outil précieux qui lie le monde entier ?

Concentré sur ces pensées, il  change de thème pour prendre Internet comme source d’inspiration, de motivation, de courage et de grandes opportunités en milieu rural.

Il continue :

Qu’est-ce qui nous empêche d’être à côté des vieilles personnes, de causer sur nos traditions et nos cultures, de les transcrire et les publier sur Internet ? Nous pouvons également à travers les blogs créés en bambara parler de nos activités quotidiennes, nos activités de revenus, nos initiatives de développement. La barrière linguistique est brisée ! J’écris en bambara, quelqu’un en ville traduit en d’autres langues et le monde entier est informé sur nous. C’est un très bon moyen de faire connaitre tout ce que nous vendons ici, comme les fruits dans les jardins maraichers et autres.

« L’Internet vient de nous faire découvrir la gamme de karité de siby, une très grande activité de revenus en milieu rural. Cela doit nous donner l’idée de réunir les femmes de notre localité en association pour mener ensemble des activités concrètes de revenus.

Nous avons des préoccupations, nous avons des idées, initiatives, mais il nous manque de l’expérience pour les mettre en pratique. Je pense que l’Internet est un moyen nous permettant de nous ouvrir au reste du monde, d’échanger avec les autres pour avoir de solutions concrètes à nos problèmes à notre niveau. Nous travaillons, mais il s’agit aussi d’avoir de l’expérience dans ce que tu fais et le seul moyen d’avoir de l’expérience en milieu rural pour se développer avec le reste du monde, c’est Internet. »

Monsieur le professeur de bambara et @fasokan prenant des notes

Les multitudes interrogations de notre enseignant ont probablement pour but de montrer combien de fois les populations rurales ont besoin de s’ouvrir au reste du monde. Pour lui, l’Internet est une solution précieuse à ce problème.

L’enseignant continue :

le seul fait de connaitre Internet et de savoir que le monde a atteint ce niveau dans le domaine de l’information et de la communication est déjà une grande leçon. Il s’agit maintenant de voir ce que ça peut nous servir dans notre développement et je pense que ça ne finit pas.

Nous disons en bambara qu’il faut « Prendre soi-même sa charge au niveau de son genou pour que les autres t’aident à la porter sur ta tête. » Bientôt, c’est ceux qui sont sur Internet qui seront vus avec leurs charges au genou et qui seront aidés par les autres. Ceux qui ne sont pas sur Internet resteront à gémir sous leurs charges.

L’enseignant n’oublie pas de soutenir son domaine : enseigner nos langues nationales et travailler avec. Quand il parle, nous constatons que chaque couche sociale a une notion convaincante des activités de son milieu. Donnons-leur la parole et nous saurons que chaque localité du globe a besoin d’Internet pour ses besoins spécifiques.

Suivons-le toujours :

Les gens sont toujours découragés d’apprendre à lire et à écrire nos langues nationales, sous prétexte que nous ne pouvons travailler avec.

Vous savez, le développement se fait par le travail, uniquement par le travail et nous devons vraiment commencer à travailler, à aimer et à croire en nous-mêmes et à ce que nous faisons. Les langues ne s’utilisent pas elles-mêmes, c’est nous qui devons les apprendre et chercher à savoir dans quel et quel domaine elles peuvent  nous servir. Soyons optimiste que tout est possible. Qui savait qu’un jour nous verrions Internet ici dans ce village ? Et le voici aujourd’hui ! Une machine, une plaque solaire et une connexion Internet Everywhere (connexion Internet 3G) nous sommes connectés au reste du monde. Qui sait si un jour, nous aurons cela pour le village ici ? Croyons ! Travaillons ! Apprenons à lire et à écrire nos langues !

Si j’avais Internet à ma disposition au village, j’irais tout de suite demander de me créer un blog pour publier en bambara. »